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Devoir citoyen   ~   25.01.11

C’est la saison des budgets. Par tradition, le budget fédéral se transforme en vote de confiance pour le parti au pouvoir (puisse-t-il crever) et le budget provincial en cadeaux aux amis et en attaque en règle contre les autres. Pour mémoire, le budget provincial de 2010 prévoyait des hausses de taxes, de frais de scolarité, de tarifs d‘électricité, des tickets modérateurs en santé ; bref, on s’en prend à ceux qui travaillent pour gagner leur argent au lieu de voler celui des autres. Pour 2011, le gouvernement amorce des « consultations prébudgétaires » ; c’est ben crisse, comme on dit, dans la mesure où on n’a pas fini de lui faire prendre connaissance des consultations post-budgétaires de 2010. Il y a une grande manifestation à Montréal le 12 mars : soyez-y. Toute l’information sur http://www.nonauxhausses.org/.


En attendant, pour le prochain round, il est possible de remplir un « sondage » ou à tout le moins de « donner son opinion » en remplissant un questionnaire de six (6) misérables questions à choix de réponses, lesquelles réponses ont en commun d‘être à peu près toutes mauvaises. On a répondu comme c‘était possible de le faire, avec application et honnêteté.



Osti, ça commence bien! Êtes-vous pour ou contre la vertu?


Réponse : contre! Le fait est que la plupart des observateurs qui ne sont pas liés à une chapelle économique précise s’entendent pour dire que l‘équilibre budgétaire est bien sûr souhaitable, mais qu’en contexte de crise (ou de reprise comme ici), il vaut mieux ne rien presser pour laisser les flux économiques se régénérer – au lieu de prendre les travailleurs à la gorge à la manière libérale. Next.



Reformulation de la question : Vous êtes des cochons, on va vous saigner. Choisissez la méthode d’abattage. Les anglophones diraient : pick your poison.


Réponse envoyée : Le choix de réponses est incroyablement biaisé! Fourrer pour faire des enfants avant que vous ne sabotiez le RQAP reste quand même la plus agréable.


Autre réponse suggérée : Faire plus de poudre pour travailler plus pour faire plus d’argent pour faire plus de poudre pour travailler plus pour faire plus d’argent etc.



Enfin, continuons.



Reformulation de la question : Bref, pour faire plus d’argent (voir plus haut), on vous donne le choix entre baisser les impôts des entreprises – c’est la réponse 1 – ou les subventionner directement – c’est la réponse 3. Dans les deux cas de figure, les travailleurs vont financer le tout avec les mesures déjà prises dans le budget 2010 et sur lequel, curieusement, on n’a demandé l’avis de personne. La réponse 2 est là pour faire du nombre ; il est préférable de ne pas la choisir.


Réponses envoyées : La 2. Améliorer l‘éducation et la formation des travailleurs actuels et des futurs travailleurs.
Autre réponse : Pour ce faire, instaurer la gratuité scolaire à tous les niveaux semble tout indiqué.



Reformulation de la question : Nous avons placé plusieurs de nos tizamis dans le lobby des gaz de schiste. Côté relations publiques, ça tourne à la catastrophe, et nous cherchons comment orienter le message de nos prochaines campagnes de publicité de propagande d’information. On espère aussi que la refonte de la Loi sur les mines ne fasse pas trop de remous, dans la mesure où elle consigne l’aliénation complète du territoire des Québécois aux compagnies minières. Ah, et puis il y a aussi cette histoire d’uranium à Sept-Îles où quelque médecins et écologistes empêchent de tourner en rond. Enfin, dites-nous n’importe quoi qui pourra être retenu démagogiquement contre vous

Réponse envoyée : Ici, faire la lutte à l‘évasion fiscale, nationaliser toutes les ressources énergétiques et augmenter les redevances des compagnies minières s’impose.



Reformulation de la question : nous allons couper quelque part. Choisissez où. On vous donne 9 choix, mais seulement 5 possibilités de réponses. Les autres : à la trappe !


Réponse : pauvre culture! Quel esprit malade va la prioriser avant l‘économie, les routes, la sécurité du revenu, voire même le soutien aux aïnés? Ne cherchez pas plus loin : c’est moi. Je ne suis pas foncièrement méchant, mais quand on me prend pour un con, comment dire, j’ai tendance à faire le con.



Reformulation de la question : il faut d’abord noter ce « Mes actions » qui renvoie la responsabilité budgétaire dans le champ individuel, comme si le citoyen avait quelque pouvoir que ce soit sur un budget qu’on lui impose, sinon celui de travailler plus pour consommer plus. En l’occurrence, il faut plutôt lire « quel sacrifice êtes-vous encore prêts à faire en plus de tout ce qu’on vous a fait cracher en 2010 »? Allez, on vous tend la perche. Vous avez 300 mots bien comptés.


Réponse spontanée : Faites payer les riches! Mais voilà, on me ravalerait au rang d’islamo-gauchiste manichéen et je me ramasserais avec le monomaniaque Éric Duhaime sur le dos à perpétuité. Pensons pour de vrai et formulons une réponse digne du citoyen consciencieux que je suis.


Réponse envoyée : Imposer une redevance sur l’eau, même minimale, aux entreprises minières et industries manufacturières.
– Maintenir ou rétablir la taxe sur le capital pour les entreprises financières.
– Diminution de 20% des subventions et exemptions fiscales aux entreprises.
– Introduire un nouveau palier d’imposition (28 %) pour les personnes avec un revenu supérieur à 115 000 $
– Une limite de 10 000 $ par année de contributions à un REER
– Imposer 100 % des gains de capital pour les particuliers et les entreprises
– Aller chercher des redevances minières équivalent à 10% de la valeur brute de la production


Ces simples suggestions, qui ne pénalisent pas la classe moyenne et ne remettent pas en cause le pacte social québécois, devraient rapporter au trésor public plusieurs milliards par année, et ce, sans causer de troubles ou autres mouvements populaires. Intéressant!


Ces idées sont tirées de l’excellent site http://www.couragepolitique.org/ qui détaille simplement comment aller chercher 5 milliards pour le trésor public et ce, tout en douceur, sans s’en prendre aux travailleurs. Problème : plus de 500 mots de trop, moi qui pensais contribuer aux politiques publiques. En fait, on ne veut pas de la pensée, ni même des idées, on veut et on appelle les poncifs d’usage. Dégraissez! Faites travailler les BS! Sabrez dans la fonction publique! Haussez les frais scolaires! Etc.


Ça revient à ce que je disais. Faites donc payer les riches, esti.