La semaine dernière, c‘était les funérailles de ma grand-mère, dans une église de la haute-ville. L’unité du moment a été irrémédiablement brisée par les hordes de schtroumphs de la Nordiques Nation venus, ce jour-là, envahir les plaines pour réclamer une équipe de hockey. Ils se faisaient le relai d’une campagne messiannique orchestrée par une nébuleuse médiatique comprenant des stations de radio et les médias de Québécor ; l‘événement semblait aussi pertinent qu’un rassemblement pour la deuxième venue du Christ. Sans assise réelle, il y a pourtant des mois qu’on chauffait les troupes avec de prétendues nouvelles où toutes les personnalités du monde du sport se fendaient d’un « j’y crois » (voyez google). La croyance engendre la croyance, et alors que pas un élément concret ne permette de penser que l’arrivée est proche, il étaient soixante mille sur les plaines à attendre un signe. Moi, j’en ai eu un sur mes oeufs samedi matin :

Du surcroît, il fallait que je tombe sur ces oeufs maudits le jour même du lancement du réseau Liberté-Québec. Jacques Brassard, Maxime Bernier, Éric Duhaime, Jeff Filion ont rassemblé leurs émules, les brutes et fières de l‘être, les douchebags de la pensée politique. Le vendredi soir, ils regardent les chicks sur la grande allée en buvant de la Bud Light ; le samedi ils se réunissent dans un hôtel de Sainte-Foy pour écouter des idéologues de l’Ouest faire l’apologie du pétrole sale comme leurs idées sales. Jacques Brassard appelle ça le « climato-scepticisme ». Ils ne se privent d’aucune énormité ; plus c’est gros, meilleur c’est. Ils prétendent défier l’ordre social, alors qu’ils sont entourés des représentants du pouvoir. Un des membres, Roy Eappen, est un fan de Conrad Black et est monarchiste (c’est écrit ici, si vous êtes capables de supporter sa prose débile) ; faites le lien comme vous pouvez avec le concept de liberté.
Les médias de Québécor étaient là et donnaient leur feuille de merde gratuitement ; un de leur chroniqueur, Éric Duhaime, fait partie du noyau organisateur ; le X en chef de la radio poubelle a ouvert le colloque ; du monde du National Post ont remplacé à pied levé Kory Teneycke, ancien directeur des communications de Stephen Harper et chef démissionnaire de Sun “la Fox News du Nord” TV ; on comptait au moins un futur animateur de ladite chaîne parmi les panélistes. Ces gens-là aussi sont partout, comme les schtroumphs qu’ils ont envoyés en légion dans les rues de Québec. Ils ont leurs copains au gouvernement, les Deltell, les Bernier, les Harper ; mais aussi les Charest, Normandeau, les André Pratte et Alain Dubuc des autres médias. Parce qu’enfin, à part leur petit trip idéologique et leurs intérêts partisans, ils sont fondamentalement d’accord avec les structures du pouvoir et leurs supporters idéologiques. Loin d’en être exclus comme ils le prétendent, ils les contrôlent, en s’en servent comme instrument de contrôle.
Assumer sa droite, c’est revendiquer son amour du pouvoir et de la domination. Assumer sa droite sans être au pouvoir ni en position de domination, c’est faire preuve d’une perverse négation de soi. Parce qu’enfin, toute cette agitation n’a qu’un but, c’est de faire accepter à la population qui ne possède ni les moyens de production ni le contrôle de l’appareil législatif la domination qu’on lui impose. On en fera des capitalistes sans capital, pour qu’il puissent se donner un sentiment de puissance en hurlant avec les loups. On va les embrigader dans une idéologie qui propose explicitement que les riches demeurent riches, et que les pauvres crèvent. Les lecteurs du Journal de Q et de M ne gagneront pas une cenne dans l’exploitation des gaz de schiste ; et franchement, on ne sait pas exactement à quoi sont sensées servir les supposées redevances à l‘État si on se propose dans le même souffle de mettre la hache dans ce qu’il reste de programmes sociaux. Et pour être bien sûr d’allier l’insulte à l’injure, ils ont coopté le terme “liberté” précisément parce qu’ils prônent une idéologie qui garde le peuple prisonnier dans sa marde.
Alors pour le divertir, ce peuple, on lui a inventé la fable du retour des Nordiques, on lui a fait des t-shirts, un site internet, une carte de membre. On lui a inventé un mouvement de masse qui est devenu un mouvement de masse, une rhinocérite bleue qui s‘étend comme la gangrène et qui transite exactement par les mêmes médias qui, n’ayant plus une once de réserve professionnelle, se font les parangons les plus convaincus de la droite populiste. Et finalement, la farce québécoise finit par ressembler plus à du George Orwell qu‘à du Ionesco ; parce qu‘à la fin, il faudra au public, comme Winston Smith, expurger sa folie, et aimer sa domination. Et tout ça culminera dans un nouveau colisée payé par des fonds publics, où les hordes de schtroumphs hurleront à la mise à mort de l‘État social. Et ce sera à leur propre mise à mort qu’ils assisteront, parce qu’ils sont cette société. Mais ça, on ne lira pas dans le Journal de Q le lendemain.