1924





Un peu de Magritte   ~   27.11.11



Un peu de Gaston Miron   ~   17.11.11

« Dans la rue, à Saint-Agathe […], j’entendais parler anglais plus souvent qu’autrement, je voyais des Canadiens français se débattre du mieux qu’ils pouvaient dans cette langue, commerçants, hommes d’entretien, tous déférents. Certains en étaient fiers, d’autres moins, je le sentais. J’entendais déjà de partout ce que j’ai entendu pendant des années au cours de mes résidences en déplacement : « untel, il se débrouille bien en anglais », « regarde untel, il a une bonne djob, il sait l’anglais », ou sa variante : « il est cultivé, lui, il sait l’anglais », « c’est un parfait bilingue », etc. De tels propos ont encore lieu aujourd’hui, avec ce que ça comporte d’envie et de regret. Plus tard, à Montréal, j’entendrai quelque chose qui va plus loin, à maintes reprises : « moi, je parle tellement bien anglais que quand je suis avec des Anglais, ils ne peuvent pas s’apercevoir que je suis un Canadien français », ou quelque chose d‘équivalent. À vingt-cinq ans, quand j’ai commencé à réfléchir sur ces propos et leur signification, je trouvais déjà anormal que la notion d’instruction ou de culture soit assimilé au fait de savoir la langue de l’autre, mais de se prendre pour un autre, d’avoir honte de soi, m’apparaissait comme le boutte de la marde. »

[« Le bilingue de naissance », 1974, dans L’homme rapaillé]